Clause d'agrément dans un pacte d'actionnaires : guide complet

Auteur
Sudaraka KALUWADEVAGE
Publié le
04.06.2026
Sommaire
En résumé

La clause d'agrément est une disposition contractuelle qui soumet toute cession d'actions à l'accord préalable des autres actionnaires d'une société. Elle s'intègre dans les statuts ou dans le pacte d'actionnaires, avec des effets juridiques différents selon le choix retenu.

Qu'est-ce que la clause d'agrément ? Définition et utilité

La clause d'agrément est une disposition qui soumet toute cession d'actions à l'accord préalable des autres actionnaires. Elle protège la composition du capital contre l'entrée d'un tiers non souhaité.

Dans une société, le capital est un actif stratégique. Laisser n'importe quel tiers entrer librement dans l'actionnariat expose les fondateurs à des situations incontrôlables : dilution de gouvernance, conflits d'intérêts, perte de cohésion entre associés. La clause d'agrément est le verrou contractuel qui empêche cela.

Son principe est simple. Avant de céder ses actions à un tiers, un actionnaire doit obtenir l'accord des autres associés ou d'un organe désigné par le pacte. Cet accord peut être accordé à la majorité ou à l'unanimité, selon les modalités définies dans le document.

Une clause de contrôle de l'actionnariat

Prenons un exemple concret. Une SAS (société par actions simplifiée) est fondée par trois associés et lève 300 000 euros auprès d'un business angel. Six mois plus tard, l'un des fondateurs souhaite céder ses parts à un concurrent. Sans clause d'agrément, rien n'interdit juridiquement cette cession. Les deux cofondateurs restants n'ont aucun droit de regard sur l'identité du nouvel entrant.

Avec une clause d'agrément bien rédigée, la cession est bloquée jusqu'à l'approbation des autres associés. Si l'agrément est refusé, les associés ont l'obligation de racheter les parts ou de trouver un acquéreur acceptable. Le contrôle du capital reste entre les mains des fondateurs.

Ce mécanisme s'applique à toutes les formes de cession : vente, donation, apport en société, transmission successorale si le pacte le prévoit explicitement.

Pourquoi elle est indispensable dans une SAS

La SAS est la forme sociale la plus utilisée pour les start-ups et les PME qui ouvrent leur capital. Or, contrairement à la SARL, la SAS ne prévoit aucun agrément légal par défaut. L'article L.227-14 du Code de commerce dispose que les statuts d'une SAS peuvent prévoir une clause d'agrément, mais rien n'oblige les fondateurs à l'intégrer.

Résultat : sans clause, n'importe quel tiers peut entrer dans votre capital sans que vous puissiez vous y opposer.

La clause d'agrément est donc une protection que vous devez construire activement, que ce soit dans les statuts ou dans votre pacte d'actionnaires. L'absence de cette clause dans une SAS est l'une des erreurs juridiques les plus fréquentes lors d'une première levée de fonds.

À retenir : sans clause d'agrément dans une SAS, n'importe quel tiers peut entrer dans votre capital sans que vous puissiez vous y opposer.

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Clause d'agrément dans les statuts ou dans le pacte : quelle différence ?

La clause d'agrément peut être insérée dans deux documents distincts : les statuts de la société ou le pacte d'actionnaires. Ce choix n'est pas neutre. Les effets juridiques, la portée et les sanctions diffèrent selon l'emplacement retenu.

Clause statutaire : opposable à tous, sanction de nullité

Lorsque la clause d'agrément figure dans les statuts d'une SAS, elle est opposable à tous les associés, y compris ceux qui n'ont pas signé de pacte séparé. C'est sa principale force.

En cas de violation, l'article L.227-15 du Code de commerce prévoit la nullité de la cession. Autrement dit, la vente des parts sans agrément préalable est juridiquement inexistante. L'acquéreur n'entre pas dans le capital, quelle que soit la somme versée.

Une précision importante depuis la réforme : l'article L.227-19 du Code de commerce dispose que l'unanimité des associés n'est plus requise pour adopter ou modifier une clause d'agrément dans les statuts d'une SAS. Une majorité renforcée suffit, selon les règles prévues dans les statuts.

Intégrer la clause d'agrément aux statuts offre donc une protection maximale, opposable à tous et sanctionnée par la nullité. C'est l'option recommandée pour les sociétés avec plusieurs associés ou celles qui anticipent des tours de table successifs. La structuration de votre véhicule d'investissement doit intégrer ce choix dès la constitution.

Clause extra-statutaire : confidentielle mais moins protectrice

Lorsque la clause d'agrément figure uniquement dans le pacte d'actionnaires, elle ne lie que les signataires du pacte. Un associé qui n'a pas signé le pacte n'est pas tenu par cette clause.

En cas de violation, les sanctions sont également moins fortes. La cession ne peut pas être annulée : seuls des dommages-intérêts peuvent être réclamés au titre de l'article 1231-1 du Code civil. Le préjudice reste souvent difficile à quantifier, ce qui affaiblit la protection en pratique.

L'avantage de la clause extra-statutaire est sa confidentialité. Contrairement aux statuts, le pacte d'actionnaires n'est pas déposé au greffe ni publié au journal d'annonces légales. Les modalités d'agrément restent donc privées, ce qui peut être stratégique dans un environnement concurrentiel.

À retenir : Statutaire, la clause annule la cession. Extra-statutaire, elle n'ouvre droit qu'à des dommages-intérêts.

Comment fonctionne la procédure d'agrément ?

L'actionnaire cédant notifie sa demande d'agrément aux autres associés, qui disposent d'un délai de 3 mois pour répondre. Le silence vaut agrément ; le refus oblige les autres associés ou la société à racheter les parts dans ce même délai.

La procédure d'agrément doit être définie précisément dans le pacte ou les statuts. Un document vague sur les délais, les formes de notification ou les règles de vote expose les associés à des litiges au moment où ils en ont le moins besoin.

La demande d'agrément : forme et délais

L'actionnaire qui souhaite céder ses parts adresse une demande d'agrément aux autres associés. Cette demande prend généralement la forme d'une lettre recommandée avec accusé de réception, adressée à chaque associé ou au président de la société selon les modalités définies dans le pacte.

Le pacte doit préciser : la forme requise de la notification, le délai accordé aux associés pour se prononcer, les règles de vote (unanimité ou majorité), et les conditions dans lesquelles le silence vaut agrément. En l'absence de stipulation, le délai légal de 3 mois s'applique. Passé ce délai sans réponse, l'agrément est réputé accordé.

Cette procédure s'applique aux cessions entre associés et aux cessions à des tiers. Le pacte peut prévoir des exceptions pour les cessions intrafamiliales ou les cessions à une holding contrôlée par le cédant.

Le refus d'agrément : obligations et conséquences

Le refus d'agrément ne libère pas les associés de toute obligation. En cas de refus, ils ont l'obligation de racheter les parts du cédant, soit directement, soit via la société, soit via un tiers désigné dans le pacte.

Ce rachat doit intervenir dans les 3 mois suivant le refus. Si aucun rachat n'est réalisé dans ce délai, la cession initialement prévue est autorisée de plein droit. L'actionnaire peut alors vendre ses parts au tiers initialement désigné, aux conditions initiales.

En cas de désaccord sur le prix de cession, l'article 1843-4 du Code civil prévoit la désignation d'un expert indépendant pour fixer la valeur des parts. Cette procédure protège le cédant contre une valorisation imposée par les autres associés.

Un SPV mono-actif structuré pour une opération collective doit également intégrer ce mécanisme pour encadrer les sorties des co-investisseurs.

À retenir : Passé le délai de 3 mois sans rachat, la cession initialement refusée est autorisée de plein droit.

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Clause d'agrément et levée de fonds : ce qu'il faut anticiper

Une clause d'agrément trop restrictive peut bloquer votre prochain tour. Prévoyez les exceptions dès la rédaction.

C'est l'un des points les plus souvent négligés lors de la constitution d'une SAS. Les fondateurs rédigent une clause d'agrément solide pour protéger leur capital, sans anticiper les effets de cette clause sur les levées de fonds futures.

L'agrément lors de l'entrée d'un co-investisseur

Lorsqu'une start-up ou une PME fait entrer un business angel ou un family office, l'opération se réalise généralement par augmentation de capital ou par cession de parts entre fondateurs. Dans les deux cas, la clause d'agrément peut s'appliquer.

Prenons le cas d'une SAS avec trois fondateurs et une clause d'agrément statutaire à l'unanimité. Un business angel souhaite entrer au capital. Si un seul fondateur s'y oppose, l'agrément est refusé et la levée est bloquée. Ce scénario, fréquent en pratique, peut être évité par une rédaction adaptée.

La clause doit prévoir explicitement les cas d'augmentation de capital : soit en les excluant du périmètre de l'agrément, soit en prévoyant une règle de vote différente (majorité simple plutôt qu'unanimité). Ce choix doit être négocié entre les fondateurs lors de la rédaction initiale.

Compatibilité avec les tours suivants

Une clause rédigée pour un tour de table seed peut devenir un obstacle lors d'un tour série A. Les investisseurs institutionnels, les fonds réglementés et les véhicules structurés exigent souvent une clause d'agrément adaptée à leur format d'intervention.

Il est recommandé de prévoir dès la rédaction initiale des exceptions pour les catégories suivantes : investisseurs professionnels au sens de la réglementation AMF (Autorité des marchés financiers), fonds d'investissement réglementés (FPCI, SLP, FCPR), et véhicules structurés par un tiers mandaté. Ces exceptions permettent de lever des capitaux institutionnels sans modifier le pacte à chaque tour.

Certains pactes prévoient également une clause de levée automatique de l'agrément en cas d'introduction en bourse ou de cession globale de la société. Cette disposition facilite les opérations de sortie sans bloquer les acquéreurs potentiels.

Pour en savoir plus sur la structuration de votre première levée de fonds, Overlord accompagne les start-ups et PME dès la phase de constitution du pacte.

À retenir : Une clause d'agrément trop restrictive peut bloquer votre prochain tour. Prévoyez les exceptions dès la rédaction.

Clause d'agrément vs clause de préemption : ne pas confondre

La clause de préemption et la clause d'agrément sont deux mécanismes distincts. Ils poursuivent des objectifs proches mais ne produisent pas les mêmes effets juridiques.

Deux mécanismes complémentaires, pas interchangeables

Comparatif : clause d'agrément vs clause de préemption

Critère Clause d'agrément Clause de préemption
Objet Contrôler l'identité du cessionnaire Donner un droit de rachat prioritaire
Déclencheur Projet de cession à un tiers Projet de cession à un tiers
Effet Blocage possible de la cession Droit de se substituer à l'acquéreur
Sanction (statutaire) Nullité de la cession (art. L.227-15 C.com) Dommages-intérêts ou exécution forcée

La clause d'agrément donne un droit de blocage : les associés peuvent refuser l'entrée d'un tiers acquéreur. La clause de préemption donne un droit de priorité : les associés peuvent se substituer à l'acquéreur en rachetant les parts aux mêmes conditions. Ces deux mécanismes sont complémentaires et coexistent dans la plupart des pactes bien structurés.

Quand combiner les deux dans un même pacte

Dans la grande majorité des pactes bien structurés, les deux clauses coexistent. Elles forment un double verrou protecteur.

La clause de préemption s'exerce en premier. Si aucun associé ne souhaite racheter les parts, la clause d'agrément prend le relais pour filtrer l'identité de l'acquéreur tiers. Ce mécanisme à deux niveaux offre une protection complète sans alourdir la gouvernance, à condition que les procédures et délais soient clairement définis.

Pour une PME avec un réseau d'actionnaires proches, la combinaison des deux clauses permet de maintenir un actionnariat stable sur le long terme. Pour une start-up post-seed avec plusieurs investisseurs, elle protège les fondateurs contre des cessions opportunistes vers des concurrents.

Un club deal structurant plusieurs co-investisseurs dans une même opération bénéficie de cette double protection pour encadrer les sorties individuelles.

À retenir : La préemption donne un droit de priorité. L'agrément donne un droit de blocage. Les deux mécanismes sont complémentaires.

Comment Overlord structure la clause d'agrément dans vos véhicules

Overlord intègre systématiquement une clause d'agrément dans la documentation de chaque véhicule d'investissement structuré : SPV (special purpose vehicle), club deal, SAS de co-investissement.

La rédaction tient compte de trois paramètres : la forme sociale retenue, le nombre de co-investisseurs et les tours de table envisagés. Deux points sont traités à chaque structuration. D'abord, la portée de la clause : statutaire pour une protection maximale, extra-statutaire pour une confidentialité accrue. Ensuite, les exceptions prévues pour les investisseurs professionnels ou les véhicules réglementés, afin de ne pas bloquer les levées futures.

Gaspard de Monclin, avocat d'affaires formé à Paris, Londres et New York, supervise la conformité de chaque pacte structuré par Overlord. L'onboarding des co-investisseurs et les vérifications KYC/AML (Know Your Customer / Anti-Money Laundering) sont intégrés au même processus. Aucune friction administrative pour les signataires.

Overlord n'est pas un cabinet d'avocats et ne fait pas de conseil en investissement réglementé. La plateforme prend en charge la documentation, la conformité et l'onboarding : vous vous concentrez sur votre opération.

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FAQ : Clause d'agrément et pacte d'actionnaires

Qu'est-ce que la clause d'agrément dans un pacte d'actionnaires ?

La clause d'agrément est une disposition contractuelle qui soumet toute cession d'actions ou de parts sociales à l'accord préalable des autres actionnaires. Elle s'intègre dans les statuts ou dans le pacte d'actionnaires. Son objectif est de contrôler la composition de l'actionnariat en empêchant l'entrée d'un tiers non souhaité.

La clause d'agrément est-elle obligatoire dans une SAS ?

Non, elle est facultative dans une SAS. L'article L.227-14 du Code de commerce permet aux statuts d'une SAS de prévoir une clause d'agrément, mais rien n'oblige les fondateurs à l'inclure. En SARL, l'agrément est en revanche une obligation légale (art. L.223-14 C.com). L'absence de clause dans une SAS expose les fondateurs à une entrée non souhaitée dans leur capital.

Quelle est la différence entre clause d'agrément et clause de préemption ?

La clause d'agrément donne un droit de blocage : les associés peuvent refuser l'entrée d'un tiers acquéreur. La clause de préemption donne un droit de priorité : les associés peuvent se substituer à l'acquéreur en rachetant les parts aux mêmes conditions. Ces deux mécanismes sont complémentaires et coexistent dans la plupart des pactes bien structurés.

Que se passe-t-il si l'agrément est refusé ?

En cas de refus, les associés ou la société ont l'obligation de racheter les parts du cédant dans un délai de 3 mois. Si ce rachat n'est pas réalisé dans ce délai, la cession initialement prévue est autorisée de plein droit. En cas de désaccord sur le prix, un expert indépendant est désigné conformément à l'article 1843-4 du Code civil.

Faut-il mettre la clause d'agrément dans les statuts ou dans le pacte ?

Les deux options sont possibles, avec des effets différents. Dans les statuts d'une SAS, la clause est opposable à tous les associés et sa violation entraîne la nullité de la cession (art. L.227-15 C.com). Dans le pacte uniquement, elle ne lie que les signataires et n'ouvre droit qu'à des dommages-intérêts. Le choix dépend du niveau de protection recherché et de la confidentialité souhaitée.

La clause d'agrément s'applique-t-elle lors d'une levée de fonds ?

Oui, sauf exception expressément prévue dans la clause. Une clause d'agrément trop restrictive peut bloquer une augmentation de capital ou l'entrée d'un investisseur institutionnel. Il est recommandé de prévoir dès la rédaction des exceptions pour les investisseurs professionnels, les fonds réglementés et les véhicules structurés.

Quelles sont les sanctions en cas de violation d'une clause d'agrément ?

Les sanctions dépendent de l'emplacement de la clause. Si elle figure dans les statuts d'une SAS, la cession réalisée sans agrément est nulle, sous réserve d'une collusion entre le cédant et l'acquéreur (Cass. com., 15 janvier 2013). Si elle figure uniquement dans le pacte d'actionnaires, la violation n'ouvre droit qu'à des dommages-intérêts au titre de l'article 1231-1 du Code civil.

Conclusion

La clause d'agrément est le premier verrou de votre actionnariat. Absente ou mal rédigée dans une SAS, elle expose votre capital à des entrées non maîtrisées qui peuvent déséquilibrer la gouvernance de votre société. Bien structurée, elle protège les fondateurs et les co-investisseurs sans bloquer les tours de table futurs.

Pour aller plus loin, consultez notre guide complet sur le pacte d'actionnaires et notre article sur la structuration de fonds d'investissement.